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« Nous ne sommes pas des extraterrestres ! »

Courrier du Val-de-Travers hebdo 2008 - 2018 dix ans après le vote 2/10

Pas de regret pour Les Verrières et La Côte-aux-Fées. Près de onze ans après le rejet par le peuple du projet de commune unique du Val-de-Travers, leurs autorités valident les choix faits à l’époque.

La fusion vue par François Charrière
Neuchâtel Hiver 1997

Dimanche 17 juin 2007, 12h46, le couperet tombe : deux communes rejettent la fusion des onze villages du Val-de-Travers. Les Verrières timidement (52,78% de non), La Côte-aux-Fées massivement (70,31%). Au lendemain du vote, les neuf autres communes décident de remettre l’ouvrage sur le métier et de proposer à la population un projet de fusion à neuf. Le 24 février 2008, Les Verrières et La Côte-aux-Fées prennent acte de la naissance de la commune de Val-de-Travers.

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Condamnés, les deux villages en marge ? Isolés ? Dépérissant ? Pas du tout. Si Jean-Bernard Wieland et Laurent Piaget, respectivement présidents des Verrières et de La Côte-aux-Fées, admettent quelques craintes et difficultés initiales, ils sont fiers de l’évolution de leur commune. Regards croisés sur leur situation passée, présente et à venir.

Au lendemain du scrutin du 24 février 2008, quels étaient vos sentiments ?

Jean-Bernard Wieland (JBW) : Une fois la fusion des neuf autres villages en place, la population a eu une certaine crainte. Seuls 52% des votants avaient refusé le projet de commune unique, en 2007. La partie en faveur de la fusion disait qu’on était fichus, qu’on allait péricliter. Lors de la constitution des autorités de la première législature qui a suivi, j’ai eu peur, pas pour moi (réd : il est conseiller communal aux Verrières depuis 1993) mais pour les cinq personnes en place, d’un vote de sanction puisque nous étions unanimement contre. Il n’a pas eu lieu. Nous avions dit qu’il ne fallait pas fusionner, la population a choisi de nous laisser assumer notre responsabilité.

Laurent Piaget (LP) : Chez nous, même si le vote a été beaucoup plus clair, il a été extrêmement difficile de trouver des personnes motivées à rejoindre les rangs des autorités. Il a fallu faire deux séances publiques pour trouver du monde. C’était très paradoxal. La majorité était contre la fusion, mais personne ne voulait s’engager ni s’investir. Je m’étais inscrit sur les listes électorales précisément parce que j’estimais que je devais assumer mes choix. Aujourd’hui, les jeunes s’investissent de plus en plus. Ils nous remettent en question, veulent comprendre et ne se gênent pas pour nous titiller. Nous devons davantage nous préparer et argumenter, c’est plus vivant, c’est super.

Devez-vous vous battre pour vous faire entendre par Val-de-Travers ?

LP : Au début, on était écoutés par politesse, notre avis ne comptait pas, et en tant que milicien, je me mettais en retrait. Maintenant, c’est plus facile. On réalise que nous sommes une commune à part entière. Politiquement, notre Conseil communal est au même niveau que les autres exécutifs. Nous sommes aussi plus attentifs, plus virulents sur certains points.

JBW : On s’est d’abord sentis écrasés, peu pris en considération, on était sur la défensive, mais la situation s’est améliorée. On a senti que les personnes en place durant ces  dernières années ont envie de travailler avec nous, de façon constructive, dans un esprit régional, de discuter à trois sans nous mettre de côté, c’est magnifique.

Quels sont les principaux changements induits par le mariage des neuf autres villages ?

JBW : Le Conseil communal de Val-de-Travers travaille pour nous (rires). Il se dépense, élabore des projets et on en profite ! Ils ont les mêmes problèmes que nous, donc quand le résultat est positif pour eux, il est très bon chez nous aussi.

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LP : On se repose souvent sur Val-de-Travers. Dans nos exécutifs, chacun gère les affaires
communales en plus de son activité professionnelle à 100%, en lisant le soir des dossiers de le plus en plus compliqués sur lesquels le temps de réponse accordé par Neuchâtel ou Berne est de plus en plus court. Un exécutif professionnel n’a « que » ça à faire. De plus, la région est de plus en plus soudée. Avant, c’était la guerre entre certaines communes : les unes disaient oui si les autres disaient non. Aujourd’hui, il n’y en a plus que trois. Ce n’est pas forcément plus facile, mais c’est plus sain.

Toutefois, vous ne souhaitez pas rejoindre la commune fusionnée ?

LP : Non. On gère nos affaires, on s’en sort bien.

JBW : Des petits groupes de personnes estimant que les Verrières devraient rejoindre Val-de- Travers se sont formés, mais leur avis n’est jamais remonté jusqu’aux autorités. La population se rend compte que, malgré tout, on a travaillé dans un système positif et on est allés de l’avant.

Comment a évolué votre village ?

JBW : Sans nous serrer plus la ceinture que la grande commune, nous avons eu des comptes noirs six ou sept ans de suite, tout en remettant au goût du jour pratiquement tous nos bâtiments administratifs qui devenaient insalubres. C’était l’un de mes
arguments majeurs dans mon rejet de la commune unique : qu’est-ce qui sera pris en considération chez nous si nous ne formons plus qu’un ? J’étais persuadé que la grande salle ou la halle de gymnastique des Verrières ne serait pas une priorité. Il nous fallait pouvoir accueillir les gens la tête haute, dans notre salle de spectacle, notre collège et
notre administration avant de songer à intégrer une commune qui ne nous garantissait pas ces investissements.

LP : À La Côte-aux-Fées, on était contents de ce qu’on avait, on n’avait pas besoin de plus. On avait une banque, une poste, une boucherie, une laiterie, une boulangerie et un magasin d’alimentation. On a perdu la Poste, mais ce n’est pas dû à la fusion.

Tout est rose, alors ?

LP : Grâce à la présence de l’entreprise Piaget et de ses trois directeurs, La Côte-aux-Fées était un village riche. Les retours financiers sont moindres aujourd’hui, c’est beaucoup plus difficile. Je pense qu’arrivera un jour où Neuchâtel nous obligera à fusionner. En attendant, notre situation devrait faire réfléchir les Neuchâtelois qui pensent « haut » et « bas ». Il faut que le canton dans sa globalité réalise que nos trois communes s’entendent bien. Certaines personnes pensent que ce n’est pas possible de vivre à côté d’une commune fusionnée. Alors que si. Nous ne sommes pas des extraterrestres !

Le regard d’Alexis Boillat

« Ambassadeur de Val-de- Travers aux Verrières. » C’est ainsi que se présente Alexis Boillat, chancelier de la commune depuis sa création. Habitant des Verrières, il constate que « les deux villages indépendants ont bien tiré leurs marrons du feu après la fusion : leurs charges ont diminué, à une échelle importante. À part entretenir leurs routes et leurs bâtiments, il ne leur reste plus grand-chose à faire. »

Estimant que « le personnel communal avait été mis devant le fait accompli et non associé aux réflexions », lui-même n’était pourtant « pas très chaud avant le premier vote. Mais le projet avait passé dans neuf villages, il fallait tout faire pour que ça marche. Un plus a été de pouvoir repartir d’une feuille blanche, de mettre en place des procédures plus dynamiques et dans l’air du temps malgré quelques réticences au changement qui, avec le temps, se sont estompées. Si le processus s’était déroulé sereinement, je pense qu’on aurait pu trouver les quelques voix manquantes aux
Verrières. À La Côte-aux-Fées, la situation était différente. Mais je pense que dans dix ans les trois communes n’en formeront plus qu’une. »

 

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Nous nous réjouissons de vous lire et vous remercions d’ores et déjà pour votre collaboration.

Anthea Estoppey

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