
Deux, voire trois générations de Môtisans ont usé leurs semelles sur la rue du Château, la rue Centrale et la rue du Collège depuis les derniers grands travaux. Sous leurs pas, l’eau potable s’échappe de conduites en fonte fatiguées. À hauteur d’enfant, le trottoir s’arrête parfois net. La traversée de Môtiers attend son tour depuis des années : il arrive, avec une demande de crédit de 4’867’000 francs que le Conseil général devra accepter à la majorité qualifiée.
Le rapport du Conseil communal, daté du 28 octobre, est à l’ordre du jour de la séance du 16 novembre. Il a reçu le préavis favorable de la commission des travaux publics et de celle de gestion et des finances. Les études, elles, ont commencé en 2022.
Après Couvet, le pas passe à Môtiers
La route qui traverse le village est cantonale. Le Service des ponts et chaussées doit en refaire le coffre et le revêtement, et la Commune profite de l’ouverture du chantier pour reprendre tout ce qui relève d’elle, en surface comme en sous-sol. La méthode a déjà été appliquée à Travers en 2017 et 2018 ; elle est en cours à Couvet, où la Grand-Rue et Saint-Gervais sont en travaux de 2025 à 2027.
Môtiers est passé devant Fleurier pour deux raisons : le déploiement du chauffage à distance et le projet de gare. Celui-ci a pris du retard, mais la priorité a été maintenue. Fleurier suivra : une pré-étude est en cours, et le crédit sera présenté à temps pour enchaîner les deux chantiers. Pour la suite des grandes traversées de village à Val-de-Travers, l’ordre de marche est donc fixé.
Côté Fleurier, on lève le pied
Le diagnostic pose le décor : vitesses excessives aux entrées du village, cheminements piétons interrompus ou inexistants, conflits entre voitures stationnées et écoliers. La réponse commence dès l’arrivée depuis Fleurier. Une « porte d’entrée » avec îlot central marquera le début de la zone habitée, et les panneaux de localité reculeront d’une cinquantaine de mètres pour que les conducteurs ralentissent avant les premières maisons. Trois arbres seront abattus pour l’îlot et remplacés par des sujets de grand développement, afin de compléter l’allée existante.
Le 50 km/h reste la règle aux entrées. Au cœur du village, une zone 30 s’étendra du Collège jusqu’au carrefour de la rue du Château et de la rue de l’Arnel. Les trottoirs deviendront traversants et seront assez larges pour qu’un parent pousse une poussette tout en tenant la main d’un autre enfant, à bonne distance des voitures. Devant le collège, une plate-bande végétalisée rendra un peu d’air aux arbres aujourd’hui serrés dans le goudron.
Aux Six-Communes, le piéton reprend la main
Le carrefour des Six-Communes et la place du 24-Février font l’objet du réaménagement le plus important. Les bordures qui séparent la chaussée du trottoir seront supprimées ou abaissées pour former un espace public unifié. Du mobilier urbain et un revêtement de sol travaillé guideront les piétons et les écoliers. Les arrêts de bus, provisoires depuis la réfection de la voie ferrée, deviendront définitifs au même endroit et seront mis aux normes pour les personnes handicapées.
Le patrimoine n’est pas sacrifié. Les galets des perrons et de la terrasse des Six-Communes seront conservés et restaurés, et la terrasse sera légèrement élargie. Les galets de l’amorce de la Grande Rue resteront en place, et la fontaine du Picoulet sera mise en valeur. Quant aux galets en laiton qui jalonnent le parcours Rousseau, le rapport est clair : ils seront impérativement conservés et réimplantés à la fin des travaux. Le plus célèbre promeneur de Môtiers retrouvera son chemin.
Place du 24-Février : des arbres qui ne passent plus l’hiver à l’abri
Fini les petits arbres en pots que l’on retirait chaque hiver. La place du 24-Février recevra de vrais arbres, plantés pour l’année, sans perdre une seule place de stationnement. Des bornes de recharge pour voitures électriques y seront installées. Les places « minute » devant l’ancienne boulangerie sont pérennisées pour les commerces du centre, et des îlots de stationnement pour vélos sont prévus à la rue du Château, à la rue du Collège et à la place de la Gare.
La place de la Gare, justement, devra patienter. Son réaménagement est lié à la réfection des quais de transN, encore trop peu avancée. Elle fera l’objet d’un crédit séparé.
Côté Couvet, une allée pour sortir du village
À l’autre bout de la traversée, une seconde porte d’entrée sera aménagée avec un îlot central. L’allée d’arbres existante recevra quatre nouveaux sujets, dont un remplacera un arbre malade.
Sous les semelles, des tuyaux à bout de souffle
C’est sous la chaussée que l’état des lieux est le plus sévère. Le réseau d’eau potable est jugé vétuste, sous-dimensionné et victime de nombreuses fuites. Or il alimente aussi les fontaines du village. Il sera entièrement refait : 1’085 mètres de nouvelles conduites en fonte ductile, 86 branchements renouvelés, sept bornes hydrantes remplacées et deux nouvelles à Clos du Terreau et à l’Arnel pour renforcer la défense incendie. Avis aux propriétaires riverains : la mise à terre des bâtiments par le branchement d’eau ne sera plus admise. Ils seront contactés et accompagnés avant les travaux.
Les collecteurs d’eaux usées, en relativement bon état, seront conservés et étanchéifiés par chemisage, une intervention menée depuis les regards sans rouvrir la route. En parallèle, les eaux claires seront séparées des eaux usées au Creux-aux-Loups, à la rue Centrale et à la rue des Petits-Prés, avec un nouvel exutoire dans le Bied. Les propriétaires seront invités à suivre le mouvement sur leur terrain, à leurs frais. L’éclairage public, dont les câbles et les mâts ont fait leur temps, sera lui aussi remplacé.
Les autres réseaux profiteront des fouilles ouvertes : la SEVT renforcera ses installations électriques à ses frais, et la société Mauler & Cie, dont la source de Clos Meuron alimente le Prieuré, sera encouragée à changer ses conduites.
Ce que coûte la promenade
Les travaux communaux s’élèvent à 6’851’000 francs. Près de 2 millions, pour les eaux usées et les eaux claires, sont déjà couverts par le crédit cadre du plan d’évacuation des eaux voté en 2019, avec une subvention cantonale de 40 %. Reste la demande soumise au Conseil général : 2’738’000 francs pour les aménagements de surface et 2’129’000 francs pour l’eau potable et l’éclairage, soit 4’867’000 francs. Le Canton prend en charge de son côté la réfection de la chaussée elle-même.
Pour les comptes communaux, la charge annuelle est estimée à 165’500 francs, dont 112’100 financés par l’impôt et 53’400 par les taxes. Le plafond des investissements pour 2026 étant fixé à 692’800 francs, une majorité qualifiée est requise.
Si le crédit passe, les appels d’offres auront lieu en 2027, année où une séance d’information publique est aussi annoncée. Les premiers coups de pioche sont prévus en 2028.
Le chantier dérangera, le Conseil communal ne le cache pas. Mais il conclut son rapport en rappelant qu’il s’agit de dessiner les rues où grandiront les enfants et petits-enfants du village. Les galets de Rousseau retrouveront leur place ; les enfants qui marcheront demain sur ces trottoirs élargis, la main dans celle d’un parent, seront peut-être ceux qui verront la prochaine réfection, dans cinquante ans. La promenade que l’on vote cet automne, c’est eux qui la feront.
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