
Aux Sugits, la pelouse ne dort presque jamais. À Couvet, celle d’espaceVAL passe une bonne partie de l’année à attendre que la météo lui accorde le feu vert. C’est ce déséquilibre que le Conseil communal veut corriger en transformant le terrain d’espaceVAL en terrain synthétique : un crédit de 1’435’000 francs, présenté au Conseil général le 16 novembre, et qui devra réunir la majorité qualifiée pour passer. Pour les footballeurs à Val-de-Travers, l’enjeu est simple : pouvoir s’entraîner quand il le faut, et pas seulement quand le gazon le permet.
Un seul tapis pour tout le Vallon
Les chiffres présentés par le Conseil communal parlent d’eux-mêmes. En 2025, les trois terrains concernés, les Sugits à Fleurier, La Léchère et espaceVAL à Couvet, ont cumulé 1’507 heures d’utilisation. Le seul terrain synthétique, celui des Sugits, en a absorbé à lui seul 730, soit près de la moitié du total, alors qu’il ne représente qu’un tiers de l’offre.
Les deux pelouses naturelles, elles, vivent au rythme des saisons. La Léchère a presque doublé son utilisation entre 2024 et 2025 (de 288 à 568 heures), tandis qu’espaceVAL a fait le chemin inverse, passant de 428 à 208 heures. Un gazon naturel a besoin de repos, craint la pluie et le gel, et ne supporte pas la même cadence toute l’année. Résultat : dès que l’herbe dit non, tout le monde se replie sur Fleurier, et le planning des clubs devient un exercice d’équilibriste.
L’idée est donc de redistribuer les rôles. espaceVAL accueillerait principalement les entraînements, ce qui libérerait des créneaux aux Sugits et à La Léchère pour les matchs. Les écoles, les associations et les utilisateurs externes garderaient leur place sur le site.
Le tour des terrains possibles
Avant de jeter son dévolu sur espaceVAL, la Commune a passé en revue plusieurs autres pistes. Aux Lerreux, à Fleurier, l’emplacement près de l’école et des transports publics était séduisant, mais trop étroit pour un terrain aux dimensions réglementaires, même en rachetant les parcelles voisines, avec une facture estimée à au moins 4 millions de francs. À Saint-Sulpice, le terrain est en mains privées et loin des transports publics. À Noiraigue, le village excentré, le manque de places de parc et un terrain appartenant au Canton ont pesé dans la balance ; ses anciens gradins avaient d’ailleurs été démontés, jugés insalubres. À Môtiers, le terrain communal est grevé d’un droit de superficie en faveur du FC Môtiers. Quant à La Léchère, elle a été écartée pour des raisons de coût et pour conserver une pelouse naturelle dans l’offre communale, avec sa buvette qui se prête bien aux jours de match.
espaceVAL coche les cases : situation centrale, vestiaires, parkings et autres installations sportives déjà sur place. Pas de terrain à acheter, pas de vestiaires à construire. Et pas de buvette non plus, puisque le terrain servira d’abord à l’entraînement.
Sans remplissage, pour ménager la piste
Le projet prévoit de remplacer la pelouse par un gazon synthétique et d’installer un nouvel arrosage automatique. Le drainage existant, jugé en bon état, devrait être conservé après contrôle. Particularité du site : la piste d’athlétisme qui entoure le terrain. Le choix s’oriente donc vers un gazon synthétique sans remplissage, sous réserve de validation technique. Il coûte environ 100’000 francs de plus qu’un revêtement classique, mais évite que des granulés ne s’éparpillent sur la piste et facilite la cohabitation entre footballeurs et athlètes.
Les écoles et les manifestations pourront continuer à occuper le site, avec des protections adaptées quand ce sera nécessaire, comme c’est déjà le cas pour les tentes posées sur la piste en tartan. En cas de neige ou de gel, la disponibilité du terrain restera soumise aux conditions de sécurité.
Le projet s’inscrit aussi dans la nouvelle vie d’espaceVAL depuis la reprise de l’hébergement par l’Auberge de jeunesse. Une offre commune existe déjà, entrée à la piscine comprise dans le séjour, et un système de réservation coordonne hébergement, restauration, salles de sport, terrain et fitness. Un terrain praticable une grande partie de l’année doit permettre d’attirer davantage de camps sportifs dans la région.
Des projecteurs qui ont fait leur temps eux aussi
Le crédit comprend également le remplacement de l’éclairage. Les ampoules actuelles ne sont plus fabriquées, les composants deviennent introuvables, et les dernières réserves sont gardées pour La Léchère. Seize projecteurs LED sont prévus, pour 90’000 francs. Ils répondraient aux directives de l’Association suisse de football pour la 2e ligue interrégionale, à condition de rehausser les mâts existants de deux mètres. La puissance installée pour le football passerait de 36 à 16,4 kW, soit 54,4 % de moins, et la consommation pour l’athlétisme baisserait d’environ moitié, avec 80 lux sur la piste. Les nuisances lumineuses pour le voisinage devront aussi être limitées.
Une facture qui pèse, un entretien qui s’allège
Le montant se répartit ainsi : 1,2 million pour le terrain, 90’000 francs pour l’éclairage, 25’000 francs pour le mandat d’assistance au maître d’ouvrage et 120’000 francs de divers et imprévus. Pour ce mandat, la Commune a choisi de garder une partie du suivi à l’interne : un mandat complet aurait représenté près de 120’000 francs. Un appel d’offres public sera organisé pour adjuger les travaux.
En amortissements et charges financières, l’investissement représente 153’350 francs par année. Le crédit ne tient pas compte des subventions possibles : des demandes seront déposées au programme cantonal CISIC, et le programme LEDforFOOT de l’ASF pourrait verser 350 francs par projecteur, soit jusqu’à 5’600 francs. Côté entretien, fini la tonte, la fertilisation et la scarification : les quelque 23’000 francs annuels actuels devraient être divisés par deux, et l’arrosage ne servira plus qu’à rafraîchir et entretenir la surface.
Le Conseil communal ne cache pas que l’investissement est important. Comme la limite des investissements pouvant être approuvés en 2026 est déjà dépassée, le crédit devra obtenir la majorité qualifiée. Les commissions des loisirs et des sports et de gestion et des finances ont toutes deux donné un préavis favorable.
Un été 2027 sans ballon à espaceVAL
Si le Conseil général dit oui, et une fois les autorisations et l’adjudication obtenues, les travaux se dérouleraient entre juillet et septembre 2027. Le terrain serait indisponible durant deux mois et demi, un calendrier pensé pour ne pas perturber les nombreuses manifestations du site. Une organisation provisoire sera définie avec les utilisateurs pour répartir les activités sur les autres terrains.
La suite est déjà annoncée : une demande de crédit distincte viendra pour la réfection du terrain de La Léchère et de ses vestiaires, la buvette étant conservée. Ce sera la dernière étape de la stratégie communale des terrains de football. Si le crédit passe, espaceVAL ne regardera donc plus passer les saisons. Et l’herbe naturelle ne disparaît pas du Vallon pour autant : elle sera préservée à La Léchère, pour les jours de match, ceux où elle compte vraiment.
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