
L'Absinthe
du Val-de-Travers
Née au val à la fin du XVIIIe siècle, interdite pendant 95 ans, distillée en secret dans les caves — la Fée Verte est l'âme du Val-de-Travers. Une histoire de résistance, de terroir et de renaissance.
Il n'existe nulle part ailleurs au monde un rapport aussi profond, aussi intime entre un territoire et un alcool. L'absinthe est née ici, au Val-de-Travers. Elle a grandi ici, a été interdite ici, a résisté ici dans des caves secrètes pendant presque un siècle — et c'est ici qu'elle a officiellement ressuscité le 1er mars 2005. Avec ses plus de vingt distilleries artisanales, le val concentre la plus grande densité mondiale de producteurs d'absinthe. Une Fée Verte — ou Bleue — distillée à quelques kilomètres de vous, par des artisans qui en perpétuent parfois des recettes vieilles de plus d'un siècle.
🕵️ Les codes secrets de la clandestinité — une langue secrète née dans le val
Pendant 95 ans, l'absinthe a survécu grâce à un langage codé que les Vallonniers avaient forgé pour se protéger des inspecteurs de la Régie fédérale des alcools. Au bistrot du coin, on ne demandait jamais une « absinthe » — ce mot pouvait valoir une amende record. On demandait autre chose. Et le patron comprenait.
On transportait la Bleue dans des boîtes de conserve ou des bidons d'huile. On la servait dans des gobelets opaques d'Ovomaltine pour que l'inspecteur ne voie pas la couleur du liquide. Les alambics étaient bricolés à partir de lessiveuses et de cocottes-minute. Et l'on brûlait parfois des pneus dans les rues pour couvrir l'odeur caractéristique de la distillation.
La recette classique du Val-de-Travers repose sur six plantes fondamentales, dont trois entrent dans la distillation principale. Chaque distillateur y ajoute ses propres secrets — d'où l'infinie diversité des absinthes artisanales.
La tradition clandestine du val
Née de la clandestinité — sans la seconde macération colorante trop difficile à cacher. Limpide, aux reflets bleutés à l'eau, d'où son surnom. Plus douce et moins amère que la verte. C'est la plus typique du Val-de-Travers.
La grande tradition de la Belle Époque
Issue d'une seconde macération de plantes (hysope, mélisse, petite absinthe) qui lui confère sa couleur naturellement verte. Plus complexe et plus amère que la Bleue. C'est celle qui a séduit Van Gogh et Verlaine.
La fontaine, la cuillère, le sucre — un rituel du XIXe siècle
L'Interprofession de l'Absinthe — gardienne du savoir-faire vallonnier
L'Interprofession de l'Absinthe du Val-de-Travers regroupe producteurs de plantes et distillateurs autour d'une charte de qualité. Elle interdit notamment la macération à froid (non conforme à la tradition distillée) et veille à l'authenticité des absinthes produites dans le val. Une demande d'IGP (Indication Géographique Protégée) a été portée pour protéger le nom « Absinthe du Val-de-Travers » — les démarches se poursuivent.










