
Jacques Haldi a une manière bien à lui de parler de la future télécabine de la Robella : « C’est notre ascenseur. » Un ascenseur entre le bas du site, où l’on dévale déjà la luge et le pumptrack, et le plateau de la Petite Robella, où presque tout reste à construire. Mais avant de monter, ce projet de 14,2 millions de francs doit franchir trois paliers : la Commune de Val-de-Travers, le Canton, puis la recherche de fonds. Et au premier palier, la question posée aux élus n’est pas tout à fait celle que beaucoup imaginent.
Un télésiège arrivé au dernier étage
Inauguré en 1970, le télésiège qui relie Buttes à la Petite Robella fonctionne grâce à une autorisation de vingt ans délivrée par l’Office fédéral des transports, qui arrive à échéance en 2028. Il serait possible de la renouveler avec l’installation actuelle, mais à grands frais. « C’est comme une vieille voiture : on ne trouve plus les freins, plus les pièces, tout doit être fait sur mesure », résume le président de la coopérative Télésiège Buttes-La Robella-Chasseron Nord (TBRC). La coopérative a donc choisi de repartir avec une installation neuve.
Jacques Haldi connaît la montagne de Buttes mieux que personne. Il préside TBRC depuis 2006 et codirige aussi, avec Enzo Macuglia, l’Association Sauver La Robella, propriétaire du bas du site : l’auberge, le parking, la luge Féeline, le minigolf et le pumptrack. TBRC, elle, possède le bâtiment de départ du télésiège et les installations du haut, et exploite l’ensemble.
Le projet « Robella 2025-2065 » est né d’une étude menée entre 2016 et 2019 avec la Commune et Goût et Région, qui concluait en 2020 qu’une station quatre saisons était viable à Buttes. Une commission de développement s’est ensuite mise au travail. « En 2020, je croyais qu’en cinq ans ce serait fait », sourit Jacques Haldi. Nous sommes en 2026, et le nom est resté.
La première version, remise en 2022, prévoyait une télécabine montant jusqu’au sommet du téléski, avec une tyrolienne. Les autorités l’ont jugée trop ambitieuse. Le projet a été redimensionné en 2023 et 2024 : la télécabine remplacera désormais le télésiège sur le même tracé, jusqu’à la Petite Robella. Les chiffres ont été passés au crible par TalentisLAB, puis par la Haute école de Sierre et un groupe d’experts réunissant les directeurs des stations de Moléson, Vercorin et Métabief ainsi qu’une professeure de l’Université de Neuchâtel. En juillet 2026, TBRC a remis à la Commune son business plan final, qui consolide cinq années de travail.
Un ascenseur pour tout le monde
Pourquoi une télécabine ? Parce qu’elle ouvre la montagne à des publics que le télésiège laisse au pied de la pente. Un parent seul avec deux jeunes enfants, une personne âgée, quelqu’un en fauteuil roulant : tous pourront monter boire un thé sur le plateau et profiter de la vue. « L’éventail de la clientèle est beaucoup plus large », souligne Jacques Haldi.
Le modèle choisi fonctionne comme l’ascenseur d’un hôtel. On le met en marche, on effectue le contrôle de sécurité le matin, et le passager monte seul dans une cabine surveillée par caméra. Les frais d’exploitation resteront à peu près les mêmes qu’aujourd’hui, l’amortissement et l’entretien pesant davantage avec le temps. En revanche, une seule personne suffit les jours de faible affluence, ce qui permettra d’ouvrir plus souvent, y compris hors des grandes périodes.
À l’étage, le plateau changera de visage. Devant l’auberge, un tapis roulant remplacera le fil neige pour les petits skieurs, qui apprendront l’été le VTT et la trottinette sur de petits parcours. Un téléski sera rénové pour fonctionner en toutes saisons, avec une sortie intermédiaire pour les débutants, et cinq pistes de flow trail adaptées à chaque niveau viendront compléter l’offre. Deux téléskis seront démontés : celui du Mignon, encore en service aujourd’hui, et le téléski numéro 3, à l’arrêt depuis de nombreuses années. D’autres idées sont à l’étude : des tours d’escalade avec tyrolienne, un parcours sensoriel accessible aux personnes à mobilité réduite, et un sentier de sculptures ouvert à des artistes et des écoles d’art. Le contenu exact n’est pas encore arrêté, puisque la réalisation est prévue en 2028 ou 2029. Le but, lui, est clair : retenir les familles au moins une demi-journée, avec un forfait permettant de circuler librement entre le bas et le haut du site.
Premier palier : une subvention renouvelée, mais à la baisse
C’est ici que le dossier est souvent mal compris. TBRC ne demande pas à la Commune une nouvelle enveloppe de plusieurs millions. Elle lui demande de renouveler, pour quarante ans, la subvention de fonctionnement qu’elle reçoit déjà.
Aujourd’hui, la Commune verse environ 27 francs par habitant et par an, une aide accordée depuis 2009 et qui court jusqu’en 2028. La coopérative propose de la ramener à 22 francs pour la période 2029 à 2068. Sur une base simplifiée de 10’000 habitants, cela représente 220’000 francs par an au lieu de 270’000, soit une économie d’environ 50’000 francs par an pour la caisse communale.
Le second volet s’appelle une conversion, un mécanisme déjà utilisé par le passé. Sur la garantie que représente cet engagement, TBRC obtiendrait une avance d’environ 4,5 millions. Chaque année, la Commune déduirait de la subvention l’amortissement et les intérêts, à la charge de la coopérative. Au bout de quarante ans, le compte est soldé. Pour TBRC, cela signifie moins d’argent liquide chaque année pour fonctionner, mais un capital disponible tout de suite pour investir.
Le revers de la médaille, Jacques Haldi ne le cache pas : la Commune s’engagerait sur quarante ans. Il le met en perspective avec la rénovation de la piscine des Combes, votée l’an dernier. « Avec la piscine, la Commune prend aussi un risque sur cinquante ans. C’est le risque normal d’une infrastructure. »
Deuxième palier : le Canton, puis la recherche de fonds
Le plan de financement des 14,2 millions repose sur quatre piliers. Le Canton est sollicité pour une subvention à fonds perdus de 4,5 millions. La Commune assurerait l’avance de 4,5 millions décrite plus haut. TBRC apporterait 3,9 millions par un emprunt, et il resterait 1,3 million à trouver.
Pourquoi un projet plus ambitieux pèserait-il moins sur la Commune ? Parce que la charge est répartie. « Dès le début, on savait qu’il était impossible d’en faire un projet uniquement communal », explique Jacques Haldi. La hausse d’environ deux millions depuis 2025 s’explique par la mise à jour des offres des fournisseurs pour le rapport final.
Le dernier 1,3 million ne sera recherché qu’une fois les trois feux verts obtenus. Les grandes institutions et fondations seront approchées en priorité, puis les entreprises et les particuliers. C’est là que vous, Vallonnières et Vallonniers, pourrez entrer en scène.
Le pari des 78’000 visiteurs
Pour tourner, la station doit réaliser environ 1,1 million de francs de chiffre d’affaires par an. Le plan mise sur 78’000 visiteurs par an, toutes saisons confondues, contre environ 54’000 actuellement, et sur une dépense moyenne qui grimperait de 8 ou 9 francs aujourd’hui à environ 14 francs grâce aux nouvelles offres. Ces hypothèses ont été challengées par les experts externes.
L’été porte déjà la station, l’hiver restant un bonus aussi précieux qu’imprévisible. « S’il tombe un paquet de neige le 15 décembre, on fait des chiffres. S’il n’y a pas de neige, on n’en fait pas », résume le président. Une ligne ne bougera pas : le parking restera gratuit, comme l’accès au pumptrack, et les tarifs resteront à la portée des familles. « Ça me tient à cœur que les familles puissent encore venir à Buttes. » Les visiteurs qui viennent sans rien dépenser sur les installations font vivre, eux aussi, le restaurant et les commerces du village.
Un calendrier sans marge
Le dossier est entre les mains de la commission financière depuis la fin juillet. Jacques Haldi espère qu’il pourra être soumis au Conseil général en novembre, et un rendez-vous avec le Canton est prévu le même mois. La coopérative demande une réponse claire d’ici la fin de l’année : pour rester dans les délais de 2028, les commandes devraient être passées début 2027.
Restent les inconnues que personne ne maîtrise. Les mises à l’enquête peuvent faire l’objet d’oppositions, qui retarderaient le chantier de plusieurs mois. Si tout se passe bien, la télécabine tournera en 2028. Dans le cas contraire, la station pourrait vivre une saison de transition avec le seul bas du site en activité.
Appuyer sur le bouton
Interrogé sur son plus beau souvenir à la Robella, l’ancien moniteur de ski n’hésite pas : une journée de poudreuse sur la piste rouge, presque seul là haut, à tracer la première trace. « Ça fait toujours vibrer. »
Un ascenseur, pourtant, ne monte que si quelqu’un appuie sur le bouton. Cet automne, ce seront les conseillers généraux, puis le Canton. Demain, ce seront toutes les familles qui choisiront de monter à Buttes un dimanche après-midi. Car la future télécabine ne reliera pas seulement le bas et le haut d’un site : elle reliera un télésiège de 1970 aux enfants qui feront leurs premières traces sur la Petite Robella. Le dossier complet sera mis à disposition des autorités, puis de la population. D’ici là, les horaires et l’actualité de la station sont sur robella.ch.
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